"Tu te poses trop de questions. Arrêêêête", elle m'a dit, ma copinaute. Avec son petit air de lever les yeux au ciel (si, si, je suis sure que de l'autre côté de son écran, face à son clavier, elle a soupiré d'exaspération avant de venir poser sur mes égratignures un torrents de mots choisis qui sont autant de baumes).

Elles sont quelques unes, précieuses, à travers la blogosphère, à poser jour après jour leurs pansements enduits de compassion, de sororité, d'empathie, à badigeonner de leur amitié les petites plaies que parfois je me plais à gratter.
Je me réchauffe de rires virtuels, leurs mots sont le châle tout doux dont je ceins mes épaules quand mes pensées s'accordent à la grisaille ambiante. Les fofolles, les posées, les toutes douces et les rugueuses, les guimauves, les inaltérables, les rigolottes, les classiques et les fashions, celles qui n'en ont rien à faire de l'étiquette et celles qui mesurent la taille de l'ourlet, celles qui ne sont rien de cela, ou tout à la fois, mais pas en même temps, quoique... Elles sont mes rayons de soleil dans une Bourgogne moche, triste, humide (nan, j'aime pas l'automne. Et encore moins l'hiver qui se profile). Pis j'aime pas la Bourgnogne, mais j'ai pas le choix donc je fais avec.

Alors je me laisse porter par leur positivité, comme je me laisse bercer par cette certitude d'être aimée des miens.

Et je m'en vais chercher au fil du quotidien la réponse du moment à l'éternel questionnement du "suis-je à ma juste place ?" Ou pas. Parce que finalement, c'est quand je ne cherche pas de réponse que j'en trouve.

Un après-midi, à la terrasse du salon de thé, je glisse ma chaise un peu plus à gauche, pour capter un rayon de soleil et sentir le long de mon épaule celle de mon mari qui feuillette AutoRetro (à moins que ce ne soit RetroViseur), et tout en sirotant un café presque froid, j'écoute les petites voix de Romeo et Oscar qui savourent leur atelier-cuisine... et je sais que je suis à la juste place.

Un samedi bien avant l'aube, encore engourdie de sommeil, je me glisse sans bruit dans l'Alfa, j'attends d'être au bout de la rue pour monter le son. Je roule dans la nuit qui doucement cède le pas au jour, je vais chercher mon fils. Et lorsqu'il s'affale sur le siège avant pour commencer sa nuit, son sourire confiant me dit que je suis à la juste place.

Un dimanche matin, les mains dans la farine, le beurre et le sucre, je vois les yeux gourmands d'Oscar, ses petits doigts sur les emporte-pièces. Les sablés s'empilent, et je sais que je suis à ma juste place.

Un mardi soir dans la véranda de Laure, j'écoute Romeo égrener les notes. Recommencer encore et encore. Je sais qu'en rentrant il laissera ses doigts courir sur les touches blanches et noires, fort d'une confiance en lui retrouvée, construite jour après jour. Et là encore, cette évidence : je suis à ma juste place.

Un lundi de conseil d'administration au lycée. Cette sensation grisante d'être de celles dont les idées aboutissent. C'est aussi là qu'est ma place.

Une succession de moments comme autant de révélations. Un jeu de cartes avec Salomé. Un catalogue épluché de concert. Des flacons de vernis à ongle alignés sur le plan de travail de la cuisine. Des coupons de tissus sur la table. Cette semi-cloison construite en deux après-midi au salon. Un regard échangé. Les instants complices.

La juste place, pour moi, aujourd'hui, c'est auprès des miens et nulle part ailleurs. Sans militantisme aucun.

Je ne prétends pas que ce qui est bon pour moi aujourd'hui l'était hier ou le sera demain. Je ne prétends que cette place là soit meilleure que celle d'une autre. Ni même que j'ai raison. Mais à cet instant précis de ma vie, je ne suis bien qu'auprès des miens.

 

Sables-a-tester