Un message en juillet 2013, un anniversaire, des sourires d'enfants, et puis plus rien.

De temps en temps, une copinaute qui demande "bah, et ton blog ? T'as plus rien à dire ?"
"Tiens, y'a longtemps que tu ne nous a pas mis une recette" 
"Et sinon, ton papa, ça va mieux ?"

Non, ça ne va pas mieux... 

On avait su en mai, que ce serait difficile. Ce mois de mai qui ne m'épargne guère, et encore moins mes proches.
Au fil des semaines on a joué aux montagnes russes, des nouvelles qui paraissaient bonnes, des accalmies, des moments de doute, et puis la chute, vertigineuse. Jusqu'à ce "on ne peut plus rien faire". Inacceptable, et qu'il a bien fallu pourtant accepter. On a attendu. En silence. 

On a tiré le rideau, plutôt que de faire semblant. L'été s'est écoulé. Les garçons ont eu 18 ans, 9 ans, 6 ans. 
Les messages se sont espacés, et on en est resté là.

Le silence s'est installé, parce que parfois c'est plus facile. On babille, on piapiatte, on fait du bruit, on s'agite quand tout va bien.
C'est génétique, il parait, d'être bruyant, quand on est Portugais. ça inquiète parfois les conjoints, qui arrivent de familles plus conventionnelles, cette aptitude que nous avons lorsque nous sommes réunis de parler tous en même temps, de ne pas s'écouter mais de s'entendre quand même. 

La peine nous a rendus muets. 

Papa nous a quitté en novembre. 

Il nous manque. Terriblement. 
Ses petites blagues. Ses manies. Sa présence. 

Le printemps qui revient sans lui est cruel. 
Les genets qui refleurissent, les pervenches du jardin. 
Avec ce soleil, il est facile de se l'imaginer trépignant d'impatience de reprendre la route pour ses tournées de lavoirs préparées aux mauvais jours. Il aurait râlé, tempêté, parce que le gps se trompe (il parait même que parfois les ailes des éoliennes perturbent les gps), il aurait escaladé des talus, franchi des fils barbelés, pour prendre une photo, une belle, en soignant le cadrage et la lumière. 
Il aurait laissé Maman conduire sa Twingo rose (pardon, pas rose, plutôt Fuchsia), c'était leur routine, Papa qui trace les trajets, minutieusement, sur la carte, et Maman qui conduit. En rentrant, il aurait choisi les plus belles photos, pour alimenter le site des lavoirs, qui lui tenait tellement à coeur.

Celui pour lequel il m'a fallu écrire un nouveau message d'accueil. C'est fait depuis ce matin, il ne me reste qu'à l'envoyer à Maman. Il fallait ça pour briser le silence.

Écrire un texte qui dit qu'il est parti, c'est accepter - un peu, rien qu'un peu - qu'il le soit. 

papa et maman