serieusement

Depuis longtemps déjà nous savons que Romeo est un enfant réservé. Capable de s'épanouir en famille, il se referme toujours un peu à l'extérieur. En classe, il n'est pas celui qui lève la main pour donner une réponse que pourtant il connaît, sauf à être encouragé par l'enseignant. Quand la confiance s'installe, il se révèle, mais c'est un sentiment fragile que la confiance, et Romeo ne demande qu'à s'effacer pour peu qu'on lui demande de se mettre en avant.

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C'était donc un pari risqué que de lui suggérer à son entrée en sixième d'intégrer le club théâtre du collège. Risqué, voire un peu vain. Sans surprise, Romeo, lui, voulait s'incrire au club d'échec. Théo et Salomé ont mis toute leur persuasion dans la balance, pour le convaincre d'adhérer également au théâtre. Malgré un emploi du temps déjà bien chargé (il est en sixième bilangue), Romeo a choisi les deux options. Théâtre le lundi, échecs le mardi.
Sans surprise, Romeo a manqué la toute première séance, faute d'avoir osé demander à la vie scolaire dans quelle salle le club avait été déplacé. Sans surprise, il a adoré les échecs.

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Au fil des semaines, nous avons vu Romeo se prendre au jeu. Le soir, après les devoirs, les parties d'échecs des premières semaines ont cédé du terrain aux répétitions. 

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Lorsqu'il nous a dit qu'il passait des auditions pour l'un des rôles clés de la pièce, nous l'avons encouragé de toutes nos forces, en essayant de le préparer à un possible échec. Le club théâtre regroupe des élèves de la sixième à la troisième.

Il a décroché le rôle.

Est venu le temps de la représentation. Et le Romeo que nous avons découvert sur scène nous a soufflé.
Oui, comme beaucoup de parents probablement, nous avions coché la case "spectacle à ne pas manquer", avec le sentiment du devoir à accomplir, comme un avale un médicament. Tout prêts à applaudir à coeur joie, pour encourager l'enfant quoi qu'il fasse. Un genre de pensum nécessaire, pour lui donner confiance en lui et saluer le travail accompli. (vas-y jette moi ton quatre couleurs si jamais au grand jamais tu n'es allé à reculons à la kermesse de l'école ou au spectacle de fin d'année pour voir des enfants sautiller pas tout à fait en rythme sur une mauvaise chanson dans un costume aléatoire tout en criant Bravo mon coeur !!!) (s'il servait des Mojitos à la buvette au lieu d'un Coca tiède au prix d'un coktail en terrasse à Paris, on irait peut-être plus facilement)

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Sauf qu'on a adoré. Sauf que la salle était pleine de parents qui, comme nous, venaient parce qu'il le faut bien et qu'avoir un enfant c'est un peu comme pour le mariage, pour le meilleur et pour le pire (le divorce en moins si on fait bien le job) et que cette salle comble a hurlé de rire. Le temps a filé sans qu'on s'ennuie une seconde.

Et surtout, notre Romeo nous a scotchés. Cet enfant-là, à l'aise sur les planches, naturel et joyeux, c'est le nôtre (Qu'il connaisse par coeur le texte des autres rôles ne nous a pas surpris par contre). Ce garçon qui plaisante, échange, rit, danse (!), joue son texte sans faillir et souffle aux autres les parties qu'ils ont oublié, c'est bien notre Romeo.

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Transfiguré, heureux, sûr de lui.

On l'a récupéré sur un nuage, boosté à l'adrenaline, enthousiate.

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Et l'année prochaine ? Romeo n'est pas trop sûr d'aller au club d'échecs, par contre au théâtre, clairement, il s'inscrit d'office.

 

salut